Ni dedans ni dehors

Une porte entrouverte coupe l'image en deux : l'obscurité d'un côté, la lumière de l'autre. Quelqu'un se tient exactement sur cette ligne, le visage éclairé, le corps encore dans l'ombre.

Il y a un instant où l’on n’est plus d’un côté et pas encore de l’autre.

Il y a un instant où l’on n’est plus d’un côté et pas encore de l’autre.

Le battant coupe l’image en deux. À droite, la porte prend toute la lumière et chaque volute du fer se détache. À gauche, l’obscurité du dedans, sans profondeur, un noir plein. La figure se tient exactement sur la ligne, le visage éclairé, une partie du corps encore dans le noir. Dans la première image, sa main est ouverte contre le bord du battant. Dans la seconde, elle l’a portée à ses cheveux.

Elle ne franchit pas, elle n’entre pas non plus. Elle occupe la seule position que le seuil autorise vraiment, celle où l’on appartient encore aux deux côtés. C’est un état bref, et pourtant c’est là que tout se décide : on va quitter un lieu pour arriver dans un autre, que ce soit physiquement ou mentalement.

Cette porte est celle de la chapelle des Macchabées, contre la cathédrale Saint-Pierre. Je l’avais photographiée fermée, pour un travail sur ce que la ville garde : ses trois serrures superposées, le verrou ancien, la serrure à coquilles, le cylindre moderne. La voici ouverte, et ce ne sont plus les serrures que l’on regarde. Photographies réalisées dans la Vieille-Ville de Genève.