Des feuilles tropicales sur une fontaine calviniste.



La fontaine de la rue du Puits-Saint-Pierre est une fontaine de la Genève d’après la Réforme : un bassin de pierre, une colonne, aucun ornement inutile. Chaque été, des plantes à grandes feuilles y sont installées, qui n’ont rien à faire ici et qui l’envahissent complètement. Le résultat est une anomalie que personne ne remarque : un coin de tropiques posé sur une fontaine austère, à cent mètres de la cathédrale.
Une figure s’assoit sur la margelle, entre les feuilles, comme on s’assoit sur un banc. Puis elle se penche vers l’eau, le bras tendu. Puis le cadre se resserre, et il ne reste d’elle que deux mains ouvertes sous le filet, l’eau coulant entre les doigts sans s’y arrêter.
J’avais déjà photographié cette fontaine de nuit, vide, pour un travail sur ce que la ville garde. La voici habitée, et couverte de végétal étranger. La pierre est la même. Tout le reste est de passage : les feuilles qu’on remballera en octobre, l’eau qui ne s’arrête jamais, et le corps qui n’est plus dans le cadre.