


Elle monte, elle s’arrête, elle disparaît. Lui n’a pas bougé.
Le passage des Barrières relie la rue au parvis de la Madeleine par un escalier de granit. Au sommet, une mosaïque occupe le mur entier : Neptune, tenant son trident, posé là en 1949 par Marcel Poncet. Le dieu des mers pour un lac, parce que les Genevois d’autrefois l’appelaient Niton et voyaient dans leur rade une Méditerranée en petit. Il ne s’agit pas d’un décor : c’est un travail de tesselles assemblées une à une, dans un atelier, pendant des mois.
Une silhouette gravit les marches, si petite dans ce cadre de pierre qu’on hésite à dire qu’elle est le sujet. Elle parvient en haut, s’arrête, pose la main sur la pierre claire : les deux figures se tiennent un instant côte à côte, à la même hauteur, dans la même lumière. Puis elle franchit le pilier, et il ne reste d’elle qu’une jambe qui sort du cadre.
Trois images, une seule scène. Il y a là une ironie que le lieu porte sans le savoir : Marcel Poncet n’a pas vu la dernière de ses trois mosaïques en place. Il l’a terminée de ses mains, puis il est mort avant qu’on l’installe. Celui qui a fabriqué la figure qui demeure a disparu avant elle. C’est exactement ce que je photographie ici, à quelques marches d’écart : le corps qui traverse et la matière qui reste, la main qui pose la tesselle et la tesselle qui lui survit.